 
  
Bateaux de Pêche dans le port Saint Paul à Kodiak

Après 19 jours de navigation depuis Honolulu (Oahu), nous apercevons
la première terre de l'Alaska qui sera pour nous l'île Ugak située au
sud-est de la baie de Chiniak.
Notre
arrivée sera saluée par plusieurs orques qui passent sous la coque sans
l'ombre d'une hésitation. Nous tremblons quand même en nous remémorant les
nombreux incidents causés par les terribles coups de queue de ces animaux
dans les safrans ou les quilles des bateaux sous lesquels ils se sont
amusés à passer. Les photos prises se révèlent être floues !!!!! Sauf une
avant le passage de l'un d'eux.
Bien
emmitouflés dans nos vestes polaires et nos cirés, nous traversons la baie
pour nous rapprocher de la ville et de ses deux ports. Après un contact
amical par radio avec quelqu'un du bureau du port, nous nous retrouvons
amarrés au ponton au milieu des bateaux de pêche. D'être au ponton
facilitera nos diverses réparations dont la plus importante reste
celle de l'enrouleur. Nous modifions nos montres car nous sommes deux
heures en retard. Ici ils sont à l'heure TU -8. Tandis qu'à Hawaï, ils
sont à TU - 10. De 18 heures, nous passons à 20 heures ! en une
minute.
Notre arrivée au port ne
passe pas inaperçue. Il n'y a que très peu de voiliers à choisir les eaux
de Kodiak pour passer leurs vacances. Encore moins des voiliers étrangers.
Ainsi,
poussés par la curiosité, beaucoup de personnes viennent faire leur
promenade dominicale sur le port et en profite pour venir voir le bateau
français et discuter cinq minutes avec nous. Nous ferons ainsi la
rencontre de Eldona, femme très charmante qui nous présentera à son cercle
d'amis. Cette dame a beaucoup voyagé avec son mari à bord de leur voilier.
Ils furent parmi les premiers voiliers à se rendre dans les Iles des San
Blas dans les années 70, et pour beaucoup de cunas,
elle
fut la première femme à peau blanche et à cheveux blonds qu'ils voyaient.
Parmi les amis de Eldona il y a un couple de français installés à Kodiak
depuis 3 ans, Martine et Joël. Ils ont créé une pâtisserie qui a très
bonne réputation et leurs amis nous parlent des gâteaux réalisés par Joël
avec des lueurs de gourmandise dans le regard. Ils torréfient eux-mêmes le
café qu'ils servent et vendent dans leur bar pâtisserie. (ou par Internet en cherchant millbaycoffee )
Nous avons d'ailleurs le plaisir d'être
invités à partager une soirée chez eux en compagnie de quelques amis. Nous
avons passé un très bon moment avec des gens charmants (d'activités très
diverses telles que fabricant de fusils, maître du port de Kodiak,
paysagiste, bijoutier, pêcheur de crabes dans le détroit de Béring) et
dégusté des plats délicieux ( on ne vous dit rien du dessert !!!)

Durant
les 11 jours de séjour à Kodiak, nous bénéficions d'une semaine d'un temps
magnifique qui facilite nos réparations. Jean-François démonte l'enrouleur
et le pose sur le ponton afin d'encoller à l'époxy toutes les liaisons des
tubes. Pendant ce temps je pose des pièces sur la voile qui a dû raguer
contre les filières. Le groupe électrogène en panne depuis un moment
reçoit une nouvelle soupape d'échappement toute neuve. Mais en remontant
le piston Jean-François casse le dernier segment. Nous devrons commander
les pièces depuis Valdez. Je dispose tous nos vêtements d'été dans des
poches zippées et je mets en avant dans les placards tous les vêtements
d'hiver (pulls, chaussettes, gants, bonnets, pantalons chauds, etc. )
Nous n'avons passé tout
notre temps à réparer, heureusement ; nous avons aussi profité des
belles et très longues journées pour se balader dans les environs à vélo.
En allant visiter le port tout récent situé de l'autre coté du pont, nous
cueillons quelques baies (des "salmon-berries") pour le dessert du soir.
On aperçoit
complètement vautrés sur une plateforme posée là à leur attention, trois
énormes phoques (trop loin pour la photo !) au bout du port.

Nous irons
voir aussi une petite baie réservée à l'atterrissage et au décollage des
hydravions.
De nombreuses tiges de kelp sont échouées sur la grève. Elles
ont perdue leur feuillage gluant mais les tiges très spongieuses sont très
résistantes dans le temps.
Le soleil ne se couche qu'à 23h30, les soirées sont longues et nous
laissent du temps pour discuter avec nos voisins pêcheurs qui rentrent de
leur lieu de pêche. A tribord, c'est un bateau qui pêche le saumon et à
bâbord, c'est un caseyeur qui pêche le crabe dormeur appelé "Dungeness
crab".
Le soir du 04 juillet, il nous donne sept crabes énormes que nous
nous empressons de faire cuire et de déguster.

Trois crabes sont mangés le
soir même et les autres, que je "dépiaute" patiemment, remplissent un grand
saladier. C'est aussi le jour de la fête nationale des Etats Unis,
nous assistons au feu d'artifice tiré à minuit (avant il fait encore trop
jour !) tout en dégustant nos morceaux de crabe.
En visitant la ville, nous
découvrons la forte influence de la religion orthodoxe dans
l'architecture. Beaucoup d'églises, ainsi que des prêtres se promènent en
famille pour profiter du soleil. Il y a même plusieurs musées. Nous
n'aurons pas l'occasion de les visiter. Dommage, une prochaine fois...
Comme en de nombreux endroits dans la Baie de Prince William, Kodiak a
subi les ravages du terrible séisme de 1964 d'une magnitude de 9,2 sur
l'échelle de Richter. Ici, le niveau de l'eau est monté de 10 m détruisant
une partie du port Saint Paul et embarquant les bateaux jusque sur les
flancs des collines environnantes. Les maisons ont beaucoup souffert
aussi. Mais aujourd'hui les seules traces qui restent sont les plaques
commémoratives au coin des maisons qui furent englouties ou touchées,
ainsi que ces panneaux qui indiquent aux personnes les routes à emprunter
pour se retrouver dans les hauteurs lors d'annonces de tsunamis.
L'accueil chaleureux des
habitants et la ville sympathique nous ont fait retenir ce lieu comme
éventuel pour notre hivernage en Alaska. Le maître de port nous a
même trouvé une place pourtant si recherchées.
Cependant, nous reprenons
la route vers le nord en nous dirigeant vers la Baie de Prince William qui
nous réserve bien des surprises.
  
      
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