Retour à la page du Voyage du Patago 50
Drapeau
du Panama
La traversée vers Panama La traversée de la Mer des Caraïbes fut très agitée. Les vagues générées par un alizé de 25 à 40 noeuds étaient hautes de 4 à 5 m, la mer venait de l'arrière. Nous avons porté les voiles en ciseau sur pratiquement toute la traversée. Après 1000 miles et 6 jours de mer, Jean-François aperçoit la Terre.
Nous arrivons en vue de l'archipel des Mulatas. De tous petits îlots recouverts de cocotiers et de palmiers sans oublier le sable blanc tout cela délicatement posé sur la mer : tableau idyllique. Au sud des îles, on devine la côte du continent sud-américain d'une hauteur de 700m. L'air ambiant est très humide et l'ensemble des îles est couvert d'une brume très légère qui diminue la visibilité. Juste avant d'entrer dans le chenal de San Blas, les fonds remontent de 1000 m à 100 m, je surveille nos lignes de pêche. Un énorme thon dont je ne verrai que le dos rond, cisaille net une des deux lignes, et sur l'autre ligne se prend un thon de 50 cm que l'on remonte très rapidement. Le repas du soir est assuré. Nous entrons dans le chenal des San Blas, et la mer s'aplanit. Au mouillage de Porvenir, il y a trois voiliers. Une grande partie des maisons du village de Porvenir sont toutes petites, les murs sont des tiges de bambous liées et le toit de la chaume. On retrouvera le même style de maison sur les îlots.
Village de Porvenir Nous irons faire nos formalités d'entrée sur le territoire panaméen sur l'île où se trouve l'aéroport. Un permis de naviguer nous sera délivré en échange de 77 US dollars. La monnaie locale est le balboa mais tous ne parlent qu'en dollars américains. A peine l'ancre jetée, que trois pirogues menées par des femmes kunas s'approchent et nous proposent des molas (tissu brodé à motifs variés de couleurs très vives)
Les pirogues sont taillées dans les troncs d'arbre, les pagaies de forme grossière ont l'air efficace dans les mains des kunas.
Maisons kunas sur les Iles des Mulatas Les kunas sont de très petite taille, leurs cheveux très noirs sont coupés courts (signe de puberté chez la femme) leurs traits sont indiens, ils sont les derniers représentants des indiens caraïbes avec les indiens de Darien. Les femmes portent un tissu rouge très vif sur la tête. Quand elles sont fardées, ce sont deux gros ronds roses sur les joues et du bleu aux paupières.
Elles portent pour la plupart le costume traditionnel composé d'une blouse ample aux manches courtes et bouffantes. Au dos et devant cette blouse sont brodés des molas.
La blouse et leur taille sont serrées par un paréo à motifs variés. A leurs poignets et aux mollets, une quantité phénoménale de parures de perles de couleur orange et noire. Les hommes et les enfants sont vêtus de façon banale , de simples shorts et tee-shirt. En ce moment, ce sont les vacances scolaires et de nombreux enfants et ados se retrouvent sur les îlots dans la famille. En période scolaire, ils rejoignent les écoles sur le continent et vivent chez des parents (oncle ou grand parents) Les hommes et les enfants parlent espagnol, mais les femmes entre 40 et plus ne parlent que la langue kuna : le chibcha. Il y a un immense territoire qui appartient au peuple kuna qui comprend le littoral et l'ensemble des îles de l'archipel des Mulatas. Ils jouissent d'une semi autonomie. Certaines îles ont refusé l'arrivée de l'électricité pour choisir de vivre comme les anciens. Sur de nombreux îlots, il y a un puits creusé à même le sol où les habitants collectent l'eau douce. Ils vivent de pêche et de la vente des molas. Ils font des échanges de produits de la mer avec la famille vivant sur le littoral qui sont agriculteurs ou éleveurs.
Jean-François ira plonger sur les hauts fonds autour des îles, mais reviendra bredouille. Pour son anniversaire nous achèterons à un pêcheur en pirogue, une langouste d'un kilo à 8 US Dollars.
Il est difficile de lier amitié en séjournant seulement une semaine dans ces endroits. A regret nous lèverons l'ancre pour nous diriger vers Portobelo, village à mi-chemin entre les San Blas et la ville de Colon. Bien abrité au fond de la baie, Portobelo présente beaucoup de vestiges des fortifications élevées par les différents colonisateurs.
Cette ville était très prospère et vivait du transport de l'or. Aujourd'hui, beaucoup de maisons sont faites de tôles et de planches. Un grand bâtiment sur la place centrale abrite deux musées où sont exposés d'anciennes armes et des boulets, ainsi que plusieurs photos. Nous visiterons l'église qui contient plusieurs statues d'un Jésus Noir. Le village sort tout juste de 4 jours de Carnaval. A voir les visages épuisés des gens on devine que ce fut intense. Le nombre de casiers de bouteilles de bière vides est impressionnant.
Notre route au Panama Nous pointerons l'étrave du Patago vers la ville de Colon. Beaucoup de cargos au mouillage en extérieur et à l'intérieur de l'enceinte formée par deux immenses digues barrant toute l'entrée de la baie. Il n'y a que deux ouvertures : une centrale et une sur le côté Est où nous passerons. Nous allons mouiller sur la zone appelée "Flat" réservée aux voiliers qui souhaitent transiter par le canal, en compagnie d'une cinquantaine de voiliers, par 11 m de fond. L'eau et l'air sont pollués par les cheminées des cargos qui rejettent de lourdes fumées noires. Nous irons accoster l'annexe au Yate Club de Cristobal, le bar est exactement le même qu'il y a 10 ans (même décoration, même serveur peut-être un peu plus sourd!) Nous payons 2 US dollars pour laisser le dinghy au ponton. Les bus très colorés du Panama pour les transports collectifs Il y a 10 ans, la ville de Colon était très sale, les bâtiments éventrés ne présentaient plus que leurs façades. Se déplacer à pied dans la ville était encore dans l'envisageable la journée. Aujourd'hui, la ville est toujours aussi sale, les bâtiments sont comblés par des planches et des tôles ondulées. Les rues commerçantes sont animées mais les rues transversales sont à éviter. Tous les panaméens déambulent dans la rue sans sac, pochette ni bijoux. Lors de notre séjour, de nombreuses agressions sur les touristes dans la rue en plein jour (en plus de celles qui sont faites au sortir même de la banque) font que nous ferons comme tous, et nous prenons le taxi pour le moindre déplacement (sans être parano). Le principe du passage du Canal : Faire mesurer le bateau et s'acquitter du montant de la facture (pour le passage en mars 2003 : bateau en dessous de 50 pieds : 650 US dollars, pour nous plus de 50 pieds : 850 US dollars ; et pour la caution : 850 US dollars qui nous sera remboursée dans deux mois!) s'informer du jour du passage, prévoir 4 personnes à bord en plus du capitaine (une personne à chaque amarre) prévoir 4 amarres de 125 pieds (38m) d'un diamètre suffisant pour assurer convenablement le bateau (diamètre 22 mm). Prévoir la nourriture et de quoi désaltérer le pilote. Le passage se fait en un ou deux jours selon la vitesse de croisière du bateau et l'humeur des pilotes. Si le passage est programmé sur deux jours, le bateau et son équipage passent la nuit au mouillage de Gamboa au centre du lac Gatun. Dans les écluses montantes, les voiliers sont placés à l'arrière des cargos, dans les écluses descendantes, ils se retrouvent devant. On sera disposé soit :
Position du voiler : à couple d'un remorqueur
Trois voiliers à couple, au centre de l'écluse ou le long d'un
mur.
Seul au milieu de l'écluse.
Remplissage des écluses par le bas Les écluses se remplissent par le dessous, ainsi il n'y a pas trop de remous, ni de courant. C'est lorsque le cargo, situé devant le voilier, met en fonctionnement son moteur et son hélice pour passer d'une écluse à l'autre, que toute l'attention est requise car il se forme de gros remous qui baladent le bateau dans tous les sens si celui-ci n'est pas correctement bridé, au risque de venir cogner très fortement sur les murs des écluses.
Les cargos sont reliés aux berges des écluses par quatre énormes locomotives de 45 tonnes qui glissent sur des rails. Elles suivent le bateau dans sa progression. Les lamaneurs lancent au voilier une amarre avec au bout une pomme de touline permettant un lancer de précision. Nous aurons cependant protégé de cartons les panneaux solaires, et arrêté l'éolienne. Les voiliers et les remorqueurs sont reliés à terre par leurs amarres qui sont déplacées d'une écluse à l'autre par ces même lamaneurs. A notre tour, dés notre arrivée à Colon, nous nous attelons aux démarches administratives. Nous contactons le bureau de l' "Admesurement". Un fonctionnaire vient mesurer le bateau, ce qui détermine le montant de la taxe de passage du Canal (nous passerons dans la classe des plus de 50 pieds : 850 US Dollars. Les prix ont subi une drôle d'inflation en 10 ans, nous avions payé 250 US Dollars pour 45 pieds). Nous remplirons un nombre incalculable de formulaires. Puis, le soir au Yate Clube, autour d'une bière, nous rencontrerons les équipages des autres bateaux. Chacun discute de ses projets, certains ne passent pas le canal et retournent vers les San Blas ou les Caraïbes, d'autres passent et vont sur les Galápagos puis soit Les Gambier soit Les Marquises. Nous serons deux voiliers à nous diriger vers le Costa Rica. Nous sommes deux à bord, et nous n'avons qu'une seule amarre faisant la taille requise. Nous devons trouver 3 autres amarres et trois autres équipiers. Un panaméen nous proposera de vieux pneus protégés par des sacs poubelle pour 3 USD pièce (on peut aller les chercher soi-même dans les stations services, et c'est gratuit ! quand on a la chance de trouver un garagiste qui veut bien les donner), des amarres pour 15 USD pièce, et des "handliners" (lamaneurs en français) pour 50 USD chaque par jour (si on passe le canal en 2 jours, doublez la mise !!!).....
Nous trouverons les amarres et les équipiers parmi les voiliers du mouillage. Notre passage est prévu le 19 mars 2003, arrivée du pilote à bord à 4h30 du matin !!!! Nous achèterons 5 pneus pour compléter nos pare battages. En fait, cela parait rapide expliqué comme cela, mais cela nous prendra une semaine pour tout faire. La banque fermait à 14 heures, nous y sommes arrivés à 14h05 ! Le lendemain, impossible de payer avec la carte bancaire car la banque procède au retrait des fonds, et non pas à un paiement comme chez un commerçant. Il a fallu contacter notre banque en France pour demander une augmentation du plafond de retrait en espèces. Trois jours d'échange par Internet : chose impossible. Retour à la banque et on paie une partie en espèces et une partie dans la limite du plafond de la carte. Notre stress monte au fur et à mesure que le jour approche.
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Coupe transversale du canal montrant les différentes hauteurs d'eau entre Atlantique et Pacifique. ![]()
Petit plan de l'ensemble du canal avec les distances en miles nautiques à
parcourir. Comme on peut le voir, nous ferons cap au Sud est. Le canal est ouvert d'Ouest en Est. Le lac au centre a été agrandi artificiellement par la construction d'un barrage sur la rivière Chagrés. Enfin à 4h30 du matin, le 19, nous levons l'ancre, nos équipiers à bord, nous sommes tous encore un peu ensommeillés. D'après les multiples échos, on s'attend à tourner sur la zone de mouillage pendant 2 heures. Et non, mauvaise langue : notre pilote Tony, arrive à 5h00. De suite, nous faisons route vers les premières écluses de Gatun (série de trois écluses qui nous ferons grimper de 30 m) Deux autres voiliers, un remorqueur et un petit cargo nommé "Antilles 2" passent dans la même écluse.
6h00 : Arrivée dans la première écluse. Nous sommes à couple d'un autre voilier français, nous nous positionnons au centre de l'écluse avec deux amarres de chaque bateau reprises à terre. Le petit cargo s'est placé tout au fond, devant la porte séparant la 1ère de la 2ème écluse. Le second voilier sera à couple du remorqueur lui-même amarré le long du mur de l'écluse.
Les portes se referment sur les eaux de la Mer des Caraïbes. Et les manoeuvres commencent. L'eau monte très rapidement et nous reprenons doucement au fur et mesure les amarres. Le jour se lève, les lumières sont magnifiques.
Le niveau de l'eau est au plus haut. Un cargo s'approche de la série d'écluse parallèle à celle où nous nous trouvons. Après l'ouverture des portes le cargo s'avance avec l'aide des locomotives, puis c'est le remorqueur qui libère le voilier et enfin à notre tour d'avancer sur le coup de sifflet du pilote du bateau à couple, notre pilote a du faire une nouba d'enfer hier et reste endormi !!! La porte tout juste à notre arrière s'éloigne doucement, quelques remous causés par le moteur du remorqueur nous en avait dangereusement rapproché.
Les trois écluses se passent à l'identique pendant que le jour se lève. Nos équipiers sont très efficaces.
On rencontre un grand nombre de cargos très chargés, dont les fameux Panamax dont les dimensions sont étudiées pour remplir au mieux les écluses.
Il y a de nombreux oiseaux : frégates, mouettes, urubus, pélicans qui survolent le lac Gatun. En s'approchant de l'écluse de Pedro Miguel, nous ferons une courte escale le long de la berge, à couple d'un remorqueur, le temps que nos pilotes prennent des nouvelles pour la suite du passage. Dix minutes plus tard, nous sommes en effervescence car le cargo Antilles 2 arrive et nous devons nous trouver les trois voiliers à couple, devant son étrave dans les écluses descendantes.
Les portes s'ouvrent et restant groupés, nous rejoignons les deux dernières écluses de Mira Flores. A cette série d'écluses, il y a une caméra connectée 24h sur 24h sur Internet et vous pouvez voir les manoeuvres depuis votre ordinateur en allant consulter le site : www.pancanal.com.
16h30 : nous passons sous le Pont des Amériques, puis contournons l'île de Naos pour aller au mouillage. Nous retrouvons les marées hautes et basses car le marnage est de 6 m ici. Le lendemain, nos équipiers vont retrouver leurs bateaux restés à Colon. Un grand merci à Marie-Georges, Christian et Gérald qui ont fait que ce passage du Canal restera un bon souvenir. Nous resterons quelques jours au mouillage puis nous prenons la direction du Costa Rica. Le voyage continue. |