Entrée du port de
Sitka, sous le soleil.

Notre séjour à Sitka
se prolonge. Près du port, chaque jour, un restaurant vient déposer sur le
rivage des carcasses de saumons. Dans les arbres
alentour, on remarque une grande concentration d'aigles et de corbeaux
attendant que leur soit servi le festin. Aussitôt que les cuisiniers s'éloignent,
les aigles et les corbeaux, d'un coup d'ailes majestueux, viennent se
poser et commencent à dîner. Tout occupés à leur repas, les oiseaux
tolèrent notre approche et les appareils photos crépitent...
Nous profitons
de notre escale pour explorer les environs à vélo. La route est encore plus
courte qu'à Cordova puisqu'elle ne fait que 30 Kms environ.
Vers le nord à 15 Kms, on trouve un camping avec de nombreux sentiers de
randonnée, le site où se trouvait l'ancien village des premiers tlingits
avant que les russes ne viennent les bousculer (il n'y a plus que des
panneaux d'informations, pas de vestiges), le terminal des ferries, et un
chantier de carénage de bateaux très actif. Nous nous promenons en suivant
l'un des sentiers : c'est une longue passerelle de bois. Nous aurons
l'occasion de photographier quelques fleurs, de voir des hérons fouillant
la vase de leur bec et plusieurs "traces" laissées indélicatement sur le
sentier par des ours. Des piverts furieux nous tournent autour de la tête
en piaillant afin de nous éloigner de leur nid. En observant bien les
environs, on découvre en haut d'un tronc d'arbre mort resté dressé, de
petits trous par lesquels les petits piverts pointent leurs becs.

Vers le sud, on arrive à Silver Bay, où une ancienne scierie abandonnée
fait place à un élevage d'alevins de saumons qui sont relâchés dans la
nature après un moment. On y trouve aussi la centrale hydroélectrique
installée sur un cours d'eau. La baie ressemble à un grand fiord profond
bordé de deux montagnes qui plongent dans l'eau. Quelques bateaux de pêche
y viennent taquiner le saumon.
A Cordova, un ami nous a donné avant de partir plusieurs filets de morue
noire. La chair de la morue (comme celle de l'halibut d'ailleurs) ne se
prête pas à la méthode de conservation classique en bocaux de verre stérilisés
. Aussi, je la recouvre de sel. On obtient rapidement de la saumure très concentrée. Après quelques jours, j'égoutte
les filets de poisson et les fait sécher à l'air sans soleil direct. Cinq à sept jours
plus tard (cela dépend de l'épaisseur des filets) les filets se conservent dans une
poche plastique bien étanche pour plusieurs mois. Nous avons tout
récemment mangé de la morue que j'avais salée l'an passé, ce fut délicieux. Et grâce à
la poche plastique, il n'y a pas d'odeur dans les placards du bateaux...
Nous reprenons la route en direction du Sud. Et faisons une escale à 15
miles de là, aux Goddard Hot Springs, sources chaudes. La proximité
de Sitka fait de cette escale un but de promenade aisée pour
les
week-end en bateau. Il y a déjà 5 bateaux au mouillage. Nous mouillons un
petit plus loin et avec l'annexe rejoignons la plage. Deux petites cabines
de bois sont sur le coteau. En s'approchant on peut voir les volutes de
vapeur d'eau qui s'en dégagent. A l'intérieur, un immense baquet de bois
où nous tenons à l'aise tous les deux. Tout en étant assis on profite du
panorama par une grande ouverture découpée dans la cloison de la cabine.
L'eau a une forte odeur de soufre... Le bain fut très agréable...
Le lendemain nous poursuivons la descente vers le sud en longeant la côte
ouest de Baranof Island. Nous passons devant une baie qui porte le nom de
Whales bay. C'est la première fois que nous rencontrons autant de baleine,
celles-ci sont des baleines à bosses (humpback whale) et nous sommes
charmés par la délicatesse de leur plongeon qui finit par un mouvement de
la queue qui s'enfonce dans l'eau sans un remous. On aura plus tard
l'occasion d'en admirer tout au long de notre descente en passant par les
canaux intérieurs.

Très sauvage, l'île
Baranof est très découpée et la côte est formée de profonds fjords. Le
vent absent nous oblige à marcher au moteur mais dès que nous passons le
cap Ommaney le vent arrive du Nord et nous portons les voiles jusqu'au Cap
Precision. Là le calme revient et nous poursuivons au moteur dans les
canaux intérieurs. Le sud-est Alaska est réputé pour ses canaux très
étroits avec des courants parfois très forts allant jusqu'à 24 noeuds aux fortes marées.
L'un de ces passages nous permet de relier plus rapidement Ketchikan en
passant de Sumner Strait à Clarence Strait. Nous
passons par Snow Passage côté Ouest qui est le plus étroit, le côté Est
est emprunté par les ferries et paquebots. Nous voyons alors à quoi peut
ressembler de forts courants dans les canaux car de 6 noeuds, nous passons
à 10 noeuds de vitesse dés l'étrave pointée dans le canal... De forts
tourbillons créent des entonnoirs dans lesquels viennent s'enrouler kelp
et troncs d'arbre. Il va sans dire que nous ouvrons l'oeil... tout en
négociant notre passage au milieu des îlots. Ce canal de 16 miles nous
permet de rejoindre Clarence Strait.
 La
météo annonce un front froid passant au-dessus du Sud-est Alaska, aussi
nous décidons de rester quelques jours au mouillage de Ratz Harbor, sur
l'île de Prince of Wales. Il y a
une route qui longe la baie poursuivant vers des zones de coupe de forêt. La baie a deux mouillages, l'un au sud
l'autre au nord et nous nous déplaçons afin d'être à l'abri des vents dominants.
A Sitka nous avons élaboré un filet à crabe monté sur un anneau de PVC. Nous
entassons dans la boite à appâts des déchets de poisson,
et confiants, nous allons mouiller l'anneau dans 18 m d'eau. Au bout d'une
heure, Jean-François va remonter le filet ainsi qu'un magnifique Dungeness
mâle dont la carapace fait plus des 16,5 cm réglementaires en les deux
pointes. Pêcher les femelles est strictement interdit. Nous rejetterons à
l'eau plusieurs de ces coquines venues se régaler... La
promenade le long de la route nous permet d'admirer de magnifiques lupins
et des Forget-me-not (myosotis) fleur emblème de l'Alaska. Juste sur le bord de la
route, deux biches à queue noire resteront à brouter un moment le temps que nous
approchions d'elles puis vont se réfugier dans la forêt.
 
Le coup de vent est passé, nous faisons route vers Ketchikan. Suite dans :
Ketchikan -BC |